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« Qui conçoit en secret accouche en public. »

 

Schéma directeur du site parisien des Archives nationales
Rapport Crosnier

ATTENTION !!!
Pour télécharger le fichier Schéma directeur AN (20 mars 2017) :
http://zephyrin.culture.fr/
download.php?file=5a60c70c100fc9cebc14b9cd303b138c

Code d’accès : 1234

 

 

Dire que le projet d’amputation des locaux du site des Archives nationales de Paris est un des secrets les mieux gardés de l’institution relève de l’euphémisme. Rien ne filtre, le black-out est total.

Pourquoi ? En préalable, il faut souligner la continuité des projets qui se sont succédé ces dernières années. Depuis le projet avorté de Nicolas Sarkozy de créer et d’installer sa nauséabonde et réactionnaire Maison de l’Histoire de France (MHF) sur le site de Paris (2010-2012), en passant par le rapport Magnien–Notari (IGAC, 2013), jusqu’à l’actuel « Schéma directeur du site parisien des Archives nationales », l’objectif est le même : démanteler les Archives nationales, les dépecer de leurs locaux et surfaces. Ainsi, quand nous disons que le rapport Magnien-Notari, le « schéma directeur » ou le projet CAMUS, c’est la MHF sous une autre forme, nous ne caricaturons rien ! D’ailleurs, selon les chiffres des différents plans théoriques de ces projets, sur les 34 107 m2 du quadrilatère parisien, le projet de MHF prévoyait la réquisition de 11 559 m2, le rapport Magnien-Notari préconisait l’amputation de 12 137 m2, enfin l’actuel projet CAMUS estime la confiscation à 12 157 m2. La simple superposition des plans prévisionnels d’implantation de ces différents projets marque une consanguinité de forme évidente. Coïncidence, un même cabinet d’architectes-programmistes intervient dans chacun de ses projets : le Cabinet Crosnier. Indéniablement, l’expérience et la connaissance du terrain donnent un plus, une longueur d’avance sur la concurrence. Avec l’avantage de s’inscrire dans la stricte continuité de la justification du dépeçage.

Ainsi, comment faire avaler aux personnels, conséquence du projet CAMUS et du redéploiement du Musée Picasso, qu’avec 12 000 m2 de surfaces et de locaux en moins les Archives nationales se verront renforcées, confortées, en rien entravées ou empêchées dans l’exercice de leurs missions ?

Cloisonner et diviser pour mieux régner. C’était l’objectif des réunions de service des mois de mars–avril où les grandes lignes de ce schéma directeur ont été présentées par Madame Isabelle Crosnier en personne. Des Powerpoint illisibles ont été projetés en salle d’albâtre, chaque direction ne voyant que « ses » locaux ; la concertation n’a pas eu lieu puisqu’après une présentation volontairement « cafouilleuse », il était indiqué aux personnels que le temps imparti était écoulé… Certains services ou directions ont choisi de communiquer une partie du Powerpoint aux personnels ; d’autres n’en ont toujours pas vu la couleur. Dans ces conditions, la pénurie d’espaces mis à disposition de chaque direction peut se transformer en guerre des services, chacun lorgnant et essayant d’investir les quelques espaces supposés encore non attribués… Rien de mieux que le poison de la discorde et de la division entre services pour ne pas aborder le principal problème : l’amputation de 12 157 m2 du site parisien et ses conséquences désastreuses pour les conditions de travail des personnels, la conservation des documents et leur mise à disposition du public.

Pour briser l’omerta, la CGT-Archives a donc décidé de rendre public le fameux « rapport Crosnier » intitulé : « Schéma directeur du site parisien des Archives nationales (mise à jour du volet programmatique) », daté du 20 mars 2017. Une version mise à jour (comment, avec qui ?) devrait être envoyée aux organisations syndicales pour le CHSCT du 10 mai prochain. Vous trouverez en 4ème page un tableau qui résume les différentes évolutions de l’amputation depuis la Maison de l’Histoire de France en 2012.

Ce projet est encore plus catastrophique que les précédents. Concrètement :

Les services, loin d’être regroupés, sont éclatés

De ce point de vue, on peut citer les personnels du Musée qui sont à nouveau éparpillés à travers tout le site alors même que la rénovation de l’hôtel de Rohan aurait dû permettre de les regrouper dans les deux hôtels princiers (Soubise et dernier étage de Rohan). Au lieu de cela, les uns restent à Soubise, d’autres sont au Caran, les équipes de surveillance sont reléguées dans le bâtiment Chamson… sans qu’aucune logique de travail n’ait été pensée.

Les circulations du personnel n’ont pas été améliorées : elles se dégradent encore plus

C’est particulièrement le cas pour les collègues scientifiques du DMAAR qui, avec le projet Camus 2019, se retrouvent encore un peu plus entravés dans leur parcours quotidien vers les magasins où sont conservés leurs fonds : leur trajet, déjà à découvert, compliqué depuis plusieurs années par la mise hors service d’un ascenseur, devrait être encore plus problématique avec la création d’une salle d’exposition temporaire au rez-de-chaussée de Braibant. La promesse d’un passage en sous-sol dont la faisabilité n’est pas étudiée (cf rapport Crosnier) et dont le coût promet d’être très important, ne leur apparaît pas très sérieuse.

De même le circuit quotidien des collègues techniques et scientifiques du DMC qui, logés au petit Caran, devraient parcourir des distances démultipliées pour rejoindre les différents magasins, apparaît clairement comme une aggravation des conditions de travail, sans parler des délais de communication des documents. Quel gain pour les personnels et le public ?

Les espaces de travail des personnels n’ont pas été pas prévus ou pensés

En particulier, les espaces de bureau, les salles de travail des collègues techniques du DMAAR, des collègues restaurateurs, des collègues photographes, des collègues en charge de la restauration préventive n’ont pas été élaborés en connaissance des processus de travail, des circulations, des lieux de stockage des matériels. Résultats : des bureaux trop petits, des espaces de travail non définis, des lieux de stockage inadaptés. Ici ou là, les collègues déconfits ont élaboré des projets alternatifs avec une conséquence concrète : le rez-de-chaussée des espaces actuels des Cartes et plans, initialement prévu pour devenir un magasin du DMC est investi par tous, qui pour l’atelier photo, qui pour le stockage du matériel du DMAAR, qui pour les meubles de moulages, qui pour le massicot… Pour nous, cet espace illustre la pénurie d’espaces imposée par Camus 2019 !

Les lecteurs et les personnels du Caran, cinquième route de la charrette

Ainsi que nous venons de le voir, à propos des circulations des collègues magasiniers du DMC, les circuits d’acheminement des documents sont allongés.

De la même façon, les espaces qui sont dévolus aux lecteurs au Caran sont petit à petit revus à la baisse et dégradés : que dire d’une salle lecture qui fera coexister les originaux et les microformes ainsi qu’une présidence de salle faisant office d’accueil scientifique et de salle des inventaires ? Les conditions de travail des chercheurs, plus bruyantes, ne seront en aucune manière améliorées. De même, l’inscription des lecteurs ne pourra plus se faire dans des conditions correctes de confidentialité puisque la boutique devra désormais s’installer dans le même espace.

Les collègues du Caran, tout comme l’ensemble des personnels du site devront accepter des bureaux plus petits, inadaptés à la charge et à de bonnes conditions de travail.

Et tout ça pour quoi ? Une cafétéria donnant sur les jardins !

Les espaces à louer sont démultipliés

Ainsi donc, les personnels et les lecteurs, et nous le verrons juste après, les documents d’archives, sont sommés de se serrer afin de dégager des espaces pour les manifestations et les réceptions privées. Si l’agrandissement des espaces muséaux répond à une légitime demande du DACE de disposer de lieux d’exposition permanente et temporaire, la multiplication des autres espaces afin d’accueillir des manifestations privées est proprement indécente puisqu’elle répond essentiellement à des logiques de rentabilisation du site. Cette activité à vocation financière perturbe de plus en plus les missions quotidiennes des agents du site. Elle pourra désormais se déployer dans de nombreux espaces : outre l’hôtel de Soubise, les cours et les jardins, le vestibule de l’hôtel d’Assy, elle est prévue de se déployer dans les salons de l’hôtel de Rohan et dans la rotonde Louis-Philippe. Sans parler des dépôts historiques dont il ne faut surtout rien changer qui gênerait l’œil des invités de nos généreux mécènes de Paribas, HSBC, Crédit Agricole, Valli… : surtout qu’aucun vilain carton ne recouvre les belles reliures qui peuvent ainsi continuer à se dégrader ; pas de vilaine porte coupe-feu pour empêcher le feu de se propager ; pas de rayonnage vide en hauteur afin d’éviter qu’un agent ne tombe…Il faut respecter cet ensemble « patrimonial » !

Parlons donc de cet ensemble patrimonial qui est pourtant la portion congrue de ce rapport.

La capacité des magasins d’archives a été revue à la baisse !

Certes, suite au rapport de la CGT-Archives réalisé avec les personnels en août 2013 « Réponses aux véritables besoins des Archives nationales pour les trente prochaines années », plusieurs inflexions ont été données au projet initial : en effet, ainsi que nous le préconisions, en raison des risques d’inondation en particulier en cas de crue centennale, la décision a finalement été prise que les magasins en sous-sol soient abandonnés. De même les besoins en métrage linéaire ainsi que les capacités des magasins ont, semble-t-il, été revus à la hausse.

Or, une étude minutieuse montre en fait qu’il n’en est rien. Si les magasins en sous-sol ont été abandonnés, cela ne concerne que les fonds d’archives : il est en effet prévu que les collections « les moins précieuses » de la bibliothèque y soient conservées ainsi que les stocks de cartons… En dehors de la crue centennale, rappelons que des magasins en sous-sol ne sont pas à l’abri des inondations ni des sinistres surtout lorsque des canalisations d’eau tapissent leur plafond comme dans le sous-sol du Caran…

De même il a été annoncé une estimation globale des besoins de 70,2 kml et des projections de magasins pouvant aller jusqu’à 77 kml. Dans un premier temps, il pouvait apparaître que la direction des Archives nationales avait enfin pris en compte les besoins des différents services. Ainsi que le démontre le tableau figurant en fin de document, l’estimation des surfaces des magasins d’archives a été revue à la baisse. La mission Magnien-Notari évaluait les besoins des départements DMAAR-DMC à 65,4 kml ; leur nouvelle estimation n’est plus que de 60,4 kml. C’est ainsi que les capacités des futurs magasins d’archives sont réduites de 800 m2 (on passe de 11 269 m2 lors de la mission Magnien-Notari à 10 464 m2 pour Camus 2019)

Par ailleurs, la hausse des besoins exprimés et des capacités des magasins de la bibliothèque cache en vérité un véritable démantèlement de ce service : la bibliothèque historique disparaît au profit des bureaux de passage tandis que les collections sont éparpillées dans des magasins inappropriés du point de vue de la conservation et de la manutention (sous-sols et combles).

Les cartes et plans seraient désormais conservés dans des espaces que le Département de la Conservation avait déclarés inaptes jusqu’en 2012 : le 3ème étage du Caran… Les collections du Musée iraient en partie au 2ème étage de Soubise, également déclaré inapte en 2012 : la conservation et la manutention des objets, dont certains sont lourds et/ou volumineux y semblent singulièrement inappropriées…

Revue à la baisse, la capacité de stockage dépend directement de la densification des magasins en rayonnages compacts

Par ailleurs, suite aux demandes réitérées de la CGT de mise en conformité des magasins aux normes en vigueur, la direction des Archives nationales a finalement mis à l’étude des travaux de rénovation dont on ne connaît pas le détail mais qui semblent surtout, à la lecture du rapport Crosnier, consister en une « densification » des magasins du rez-de-chaussée, des 2ème et 3ème étages et des combles du magasin Louis-Philippe et des différents niveaux des magasins Chamson, Guerre et de l’atelier de menuiserie…. Alors même qu’on attend avec impatience le détail des travaux de mise aux normes des différents magasins (dont il faut rappeler qu’aucun n’est actuellement conforme aux règles préconisées par le SIAF), Madame Crosnier nous présente des plans détaillés de densification des magasins, avec rayonnages compacts, éventuellement sur double niveau et structure autoportante… si les planchers le permettent. S’ils ne le permettent pas, il est prévu un « potentiel renforcement des planchers existants » !

Pour résumer, les capacités de stockage ont été revues à la baisse tandis que leur exploitation est soumise à la possibilité de créer des magasins équipés de rayonnages compacts…

Rappelons pour finir que les rayonnages compacts ne sont pas toujours adaptés aux fonds conservés (ils nécessitent des formats standard) et qu’ils présentent de nombreuses contraintes pour la manutention.

Qu’on se le dise, comme au temps de la MHF, il n’y a rien d’archivistique, de culturel ou de patrimonial dans ce projet. Nous avons déjà démontré mille fois que les Archives nationales avaient un besoin vital de tous les espaces de conservation qui leur étaient destinés.

Cette situation est la conséquence de l’exigence du Conseil de l’Immobilier de l’Etat de procéder à la vente de tous les locaux parisiens du ministère de la Culture (exceptés ceux des Bons Enfants et de la rue de Valois). C’est une affaire de gros sous, une sombre affaire de spéculation immobilière qui se fait au détriment de la mémoire de ce pays.

Le gouvernement, Audrey Azoulay, leurs futurs successeurs ou leurs séides syndicaux1 cherchent de la place ? Ils n’ont qu’à en chercher du côté de l’Hôtel de la Marine et de ses 20 000 mètres carrés libres, ou sur le site de l’ex-musée des Arts et Traditions Populaires. Ou ailleurs. Ce ne sont pas les locaux vides, sous-occupés ou sous-exploités qui manquent à Paris.

A tout juste 5 jours du second tour des élections présidentielles et alors que les candidats ne cessent d’invoquer l’histoire pour mieux se revendiquer de la République et de la démocratie, force est de constater qu’aucun d’entre eux ne s’est exprimé sur la crise des Archives nationales ni n’a pris conscience de la catastrophe patrimoniale majeure qui menaçait la mémoire collective du pays.

Comme avec la MHF de Sarkozy, nous saurons prendre toutes nos responsabilités pour défendre cette institution démocratique.

Paris, Pierrefitte-sur-Seine, le 2 mai 2017

 

1 A ce sujet, voir le procès-verbal de la séance du Comité Technique spécial de la filière Archives du 25 novembre 2016 qui indique, page 33 sur 41 : la représentante de la CFDT-Culture « rappelle que son organisation syndicale a suggéré à l’Administration d’utiliser le quadrilatère des Archives et de regrouper ces locaux avec ceux des Bons-Enfants en juillet 2015, alors qu’elle menaçait les agents d’un départ pour Aubervilliers ». Nous rendons à César ce qui appartient à César. Tous ceux qui au nom des personnels et du service public culturel suscitent des politiques de régressions démocratiques, sociales et patrimoniales, doivent en assumer les conséquences et toutes les responsabilités devant leurs mandants.